La page d’écriture

LA PAGE D’ECRITURE vous propose pour le mois d’octobre le sujet suivant :

« Un(e) journaliste, après enquête, rédige un article sur des phénomènes inexpliqués qui se produiraient le long de la côte raphaëloise »

Vous n’avez pas besoin de vous inscrire préalablement à l’activité.

Rédigez un document Word sans dépasser 800 mots, soit un peu plus d’une page.

Envoyez-le en pièce attachée au plus tard le jeudi 22 octobre à l’adresse dédiée   « page.ecriture@outlook.fr »

Merci de ne rien envoyer à l’adresse du Cercle de Boulouris.

Si vous ne disposez pas de Word, vous pouvez écrire directement dans le texte d’un message ou envoyer un fichier Word Pad ou PDF.

Vous recevrez ensuite pour lecture l’ensemble des textes sous forme anonyme. Vous indiquerez par courriel, à la même adresse, celui que vous préférez.

L’addition des différents votes permettra de désigner « La Page du mois d’octobre »

Les résultats seront révélés par courriel le vendredi 30 octobre.

Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez vous adresser à Françoise Pincetic,

par courriel à l’adresse « page.ecriture@outlook.fr »  ou par téléphone au 06 23 51 79 90.

Peut-être aimerez-vous lire le texte ayant gagné le titre de « Page du mois de septembre»  Vous le trouverez ci-dessous.

Les écrits gagnants pendant les mois précédents sont accessibles sur le site du Cercle de Boulouris, dans le détail des activités,

au numéro 23. (http://cercledeboulouris.com/la-page-decriture/)

SEPTEMBRE 2020

Sujet : « C’est la rentrée et l’heure de prendre cette bonne résolution toujours à renouveler car jamais tenue. Mais cette année…. »

ON FAIT LE POINT DANS UN AN ?

Dans ce qui va suivre, rien de bien original si ce n’est ce que j’ai trouvé sur le web ou au cours de mes différentes lectures mais aussi ce que j’ai pu glaner au travers de discussions en famille ou avec des amis, en bref tous ces petits riens qui ont fourni  ma réflexion concernant la bonne résolution à prendre en cette rentrée.

La  rentrée après les vacances d’été, c’est pour beaucoup une date symbolique, un cycle se termine, un autre commence et ce devrait être l’occasion de prendre un nouveau départ.

C’est la période des bonnes résolutions, ces serments qu’on se fait à soi-même pour ne pas les tenir, mais qui font du bien sur le moment, qui nous donnent bonne conscience le temps d’y penser, imaginant que peut-être cette fois-ci, allez savoir pourquoi, on s’y tiendrait.

 

Si je n’ai pas pu tenir une résolution auparavant, qu’est-ce qui peut me faire penser que les choses seront différentes en cette rentrée ? N’est-ce pas de la folie que de faire la même chose encore et encore et d’attendre des résultats différents.

Toujours la même rengaine mais cela fait partie du folklore.

Au fond de moi, je sais bien que, non  e ne vais pas devenir du jour au lendemain une nouvelle personne capable de choses extraordinaires

Alors pourquoi n’aurais-je pas le droit de faire une pause en démarrant sur une page vierge de tout objectif en prenant le contrepied de cette tradition qui daterait de l’Antiquité, il y a plus de 4000 ans à Babylone ?

L’objectif était de remettre les compteurs à zéro, en promettant aux Dieux de rembourser ses dettes et de rendre les objets qui avaient été empruntés.

Cette tradition a ensuite perduré au travers des siècles avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui : une liste d’objectifs plus ou moins réalistes et souvent difficiles à tenir.

C’est quoi l’intérêt de s’imposer quelque chose qui ne nous vient pas naturellement : une façon de chercher l’approbation, une manière d’être et de faire pour se préserver de la peur de ne pas être à la hauteur ?

Une question me vient alors à l’esprit : Existe-t-il de bonnes et de mauvaises résolutions ?

Les mauvaises résolutions ne seraient-elles donc que celles que je prends contre moi- même, qui me contraignent et que je m’oblige à suivre et les bonnes résolutions celles que je prends avec l’idée, constante, de prendre soin de moi, par choix, par désir.

Il me semble que même dans ce cas les bonnes résolutions restent binaires, soit on les tient, soit on échoue. Et vivre une situation en «échec» ou «réussite m’apparaît très réducteur.

Cette année, je pourrais donc refuser de prendre une ou plusieurs bonnes résolutions pour au moins pour 5 bonnes raisons que je ferais miennes:

– Parce que je ne tiens jamais mes bonnes résolutions,

– Parce que les bonnes résolutions restent tout de même des contraintes,

– Parce que les autres me mettent la pression,

– Parce que ce n’est donc pas une bonne motivation,

– Enfin, parce que je suis déjà « parfait ».

C’est pourquoi finalement je décide que la seule bonne résolution sera  de ne pas en prendre à l’exception cependant de cesser de m’imposer la dictature du bien faire, la dictature de la perfection et de me demander d’en faire plus que je ne peux en supporte.

Ce sera de lâcher prise, d’être bienveillant avec moi-même, de profiter de la vie au jour le jour. …et ne pas me fixer d’objectifs.

Il y a plein de possibilités pour vivre une vie heureuse : Tout simplement prendre le temps de ralentir, faire des pauses dans sa journée. Se demander «de quoi ai-je besoin, envie ? ».

Et puis en me levant le matin, je me rappellerai combien est précieux le privilège de vivre de respirer, d’être heureux.

Plusieurs fois par jour j’aurai de la gratitude pour chaque petit moment de bonheur, ce qui arrive à tous.

Et ce qui sera une excellente habitude à prendre chaque soir, je terminerai la journée en disant MERCI : merci à moi-même, merci aux autres et à l’Univers pour ce qui m’est arrivé d’agréable

Qui sait, dans le monde qui nous entoure, fait de performance et d’immédiateté de l’action, ce sera peut-être la bonne résolution la plus difficile à tenir !

Ce sera aussi une autre possibilité pour aborder cette rentrée sous un angle différent.

On fait le point dans un an ?

THIERRY BONSCH

AOUT 2020

Sujet : « Un couple prépare ses vacances mais comment concilier des aspirations très divergentes ? Ecoutons leur conversation. »
PAGE DU MOIS D’AOUT : Titre non décerné

JUILLET 2020
Sujet : « Un peintre du dimanche a décidé de copier une œuvre célèbre. Il nous explique les  » améliorations  » qu’il prévoit d’y apporter »
PAGE DU MOIS DE JUILLET : « A L’IMPOSSIBLE…NUL N’EST TENU »
Auteur : Thierry BONSCH

A L’IMPOSSIBLE…NUL N’EST TENU
On le dit peintre du dimanche sauf que pour lui tous les jours sont des dimanches puisqu’il est sans emploi.
Dès qu’il le peut, il s’arme d’un pinceau pour ajouter de la couleur à la grisaille du quotidien. Sur une toile, on peut changer le décor.
La peinture, c’est comme la vie, on apprend tous les jours, c’est un besoin, une tentative d’exister autrement.
Son geste est gratuit, désintéressé. Son bonheur est égoïste, il le sait.
Concentré sur son travail, il peint en musique la plupart du temps.
Fervent admirateur tant du figuratif que de l’abstrait, avec les beaux jaillissements de formes et de couleurs, il pense que les œuvres picturales doivent être comme la vie, singulières, uniques pour l’éternité, mais aussi aléatoires et imprévisibles
Seuls les monochromes le laissent dubitatif.
Il en a souvent vu, notamment lors de de ses visites de la collection des œuvres modernes et contemporaines du musée Georges Pompidou, tel le célèbre monochrome blanc de Kasimir Malevitch intitulé « sans titre ».
Il a tenté de leur trouver une signification.
Mais décidément, il reste hermétique à cette expression artistique.
Il veut bien convenir que le vide dans un tableau est aussi important que le plein. Ce serait comme un silence en musique, une respiration.
Toutefois il partage l’avis de ceux pour lesquels « ça ne paraît pas vraiment suffisant, qu’il faudrait au moins y ajouter une petite ligne, ou un point ou même simplement une tache d’une autre couleur, mais qu’une seule couleur unie, vraiment ce n’est pas assez ».
Difficile d’admettre qu’un tableau blanc puisse être une œuvre d’art.
Il a malgré tout un profond respect pour les maîtres qui les ont réalisés.
Jusqu’à ce jour, imaginer copier un tableau et même pire, penser pouvoir l’améliorer lui semblait un véritable sacrilège. Ce serait aussi prétentieux que vain.
Mais ce soir, c’est un peu différent.
Il a flâné une partie de l’après-midi sur les quais de Seine.
Fouinant chez les bouquinistes, il est tombé sur une pépite, la réédition de « L’Album primo-avrilesque » d’Alphonse ALLAIS, paru pour la première fois en 1897 soit plus d’un demi- siècle avant les monochromes d’Yves Klein.
Parmi les sept monochromes reproduits dans cet album figure un bristol sans tache ni trait, ayant pour titre « Première communion de jeunes filles chlorotiques* par un temps de neige » qu’Alphonse Allais avait exposé à Paris en 1883, dans la deuxième exposition des Arts incohérents,
Il sait bien qu’il s’agit là d’un canular.
Copier un bristol blanc sans tache ni trait n’aurait donc aucun sens. En revanche tenter de l’améliorer en s’inspirant de son titre, pourquoi pas ?
Défi intéressant à relever que celui de recréer un univers à cette toile en réponse à la provocation toute entière contenue dans son titre.
Partant de cette feuille blanche, tout lui sera permis, Il n’aura pas l’impression de commettre un sacrilège.
Il imagine qu’en tête de la procession des communiantes chlorotiques* viendraient l’habituel bedeau puis le curé, les enfants de cœur et enfin les parents et amis.
Il conserverait bien sûr le paysage de neige blanche avec peut-être en fond de toile un soleil voilé…
Confortablement installé dans son fauteuil, il fait face à la reproduction posée sur son chevalet.
Les yeux fermés, il se met au travail. Il se concentre sur la mise en scène de cette maudite procession.
Il va mentalement l’esquisser et la peindre.
Mais à chaque trait de crayon qu’il imagine, c’est comme le crissement d’un ongle sur le tableau noir de son enfance jusqu’à en devenir insupportable.
Chaque coup de pinceau est parfois comme retenu par une main invisible
Il entend aussi des gémissements sans pouvoir déterminer l’origine de ces plaintes C’est de plus en plus fort à mesure qu’il avance dans son projet jusqu’à en couvrir la musique qui l’accompagne.
Loin d’être son alliée, la feuille blanche semble prendre vie pour s’opposer de toutes ses forces à son projet.
A chaque fois qu’il rouvre les yeux, abandonnant sa réflexion, il lui semble entendre un énorme soupir de soulagement.
De guerre lasse, Il finit par abandonner.
Il restera donc seul face à son destin de peintre du dimanche, avec pour seule conviction que « peindre, c’est mettre ses pinceaux dans ceux qui ont peint avant soi-même »
Contempler une œuvre, l’admirer ou la détester mais la respecter en la laissant face à sa destinée pour l’éternité restera donc pour lui la seule façon de ne pas en trahir son auteur. Il en est à cet instant persuadé.
Vouloir la modifier ou l’améliorer serait commettre l’irréparable et on ne répare pas l’irréparable.
*en médecine, personne atteinte de chlorose, anémie par carence en fer.

Thierry BONSCH

JUIN 2020

Sujet : « Certains spectacles offerts par la nature impressionnent par leur beauté ou leur étrangeté. Vous étiez présent ou vous avez admiré sur écran. Souvenez-vous … »

PAGE DU MOIS DE JUIN : « PAROLES D’ABEILLES »
Auteur : Guillermo BELTRAN

PAROLES D’ABEILLES
Est-ce que les abeilles nous parlent ? Sans le moindre doute. Il suffit de les observer de près, de se mettre en symbiose avec l’énergie qu’elles dégagent et par ce biais d’entrer en communication avec elles. Voici ce qui m’est arrivé il y a quelques années.
C’était un soir d’été et la veille de mon départ. Je devais m’absenter une dizaine de jours pour des raisons de santé. J’avais le cœur gros de partir et de laisser mes abeilles (et mon épouse, évidemment !)Le soleil était déjà bas à l’horizon, les ombres des pins florentins avaient complètement disparu mais on apercevait encore la silhouette des buissons et des arbustes. Je sortis pour sentir l’odeur envoûtante du jasmin qui embaumait tout le jardin. L’herbe était encore chaude sous mes pieds nus et j’entendais les derniers cris des cigales annonçant la tombée imminente de la nuit.
Je décidai d’aller jeter un dernier coup d’œil à mes abeilles pour leur dire au revoir. Les avettes savent quand le berger des abeilles va partir et comprennent parfaitement ses motifs mais il faut leur parler, sinon elles stressent et sont bien capables de prendre leurs cliques et leurs claques et d’aller ailleurs. Jadis, quand un apiculteur mourait, c’était la coutume de fixer un bout de tissu noir sur chaque ruche, pendant six mois, en signe de deuil et pour donner aux abeilles le temps de refaire leur vie.
Mes trois ruches sont placées derrière un cabanon au fond du jardin. Elles sont entourées par des haies de chèvrefeuille, d’abélia, de cotoneaster et de mimosa : un véritable havre de paix où personne ne peut les déranger sauf le berger qui récolte le miel chaque année en juste compensation de sa bienveillance et de son dévouement.
A dix mètres du rucher j’entendis le bruit caractéristique des battements rapides des ailes des abeilles lorsqu’elles volent en escadrille. C’est un bruit très particulier qui signale si elles sont calmes, heureuses, stressées ou tout bonnement en colère. Je regardai tout de suite en l’air pour voir si elles avaient opté d’essaimer, ce qui me parut peu probable étant donné la proximité de la nuit tombante et le mois de l’année. En arrivant auprès des ruches j’eus la grande et étonnante surprise de voir que les trois colonies étaient en train de faire ce que l’on appelle un « soleil d’artifice» : des centaines de jeunes butineuses, lors de leur première sortie, se regroupent en vol quasiment stationnaire devant chaque ruche. Ce faisant elles prennent des repères par rapport à l’angle du soleil pour retrouver le chemin de retour à leurs demeures. C’est un spectacle qui ne cesse de m’émerveiller chaque fois que j’ai la chance d’en être témoin. Essayez de visualiser des centaines et des centaines d’abeilles, en forme de nuage, en train de tourbillonner avec frénésie devant l’entrée de chaque ruche, dans un bruit presque assourdissant. C’est tout simplement magique.
Ce fut une expérience inédite car le soleil d’artifice a normalement lieu entre midi et 17 heures, jamais au crépuscule encore moins à l’aube. Evidemment je fus envahi par un sentiment de bonheur d’avoir pu contempler mes avettes une dernière fois.
Douze jours plus tard, de retour de l’hôpital, la première chose que je fis, après avoir salué ma femme (!) fut d’aller voir mes abeilles. Il était déjà tard, pas une seule abeille en vue. Je patientai quelques instants pour voir si une butineuse allait rentrer tard après une longue journée de travail. Que nenni, personne. Je frappai chaque ruche avec le poing serré pour essayer d’entendre en retour un bruissement, comme un ronronnement profond, signe indéfectible que la colonie est vivante et bien portante. C’était le silence total. Inquiet de n’avoir capté aucun bruit, je racontai mon expérience à mon épouse qui déclara tout simplement : «c’est normal elles te font la tête car tu leur as dit que tu t’absenterais dix jours et, en fait, tu as passé douze jours loin d’elles». Le lendemain, après une nuit très perturbée, je me levai à l’aube et, avec une grande appréhension, je sortis voir mes ruches. Le soleil était à peine visible à l’est, les premiers rayons commençaient à traverser la haie de chèvrefeuille.
Quelle fut ma surprise, quand soudain je vis, comblé de bonheur, une multitude d’abeilles, comme je n’en avais jamais vu au par avant, devant chaque ruche. De nouveau trois énormes soleils d’artifice, quelle chance, et à une heure de la journée totalement inespérée. Ce fut un moment inoubliable où Mère Nature m’a permis d’approcher les secrets du langage des abeilles et d’en apprécier la beauté.
Guillermo BELTRAN

Mai 2020

 Sujet : « Si…, si l’agneau avait mangé le loup…, si Blanche Neige avait épousé Atchoum …, si… Choisissez une histoire connue de tous et modifiez son cours selon le bon plaisir de votre imagination »

PAGE DU MOIS DE MAI : « AU TRIBUNAL DES CONTES ET DES FABLES »

Auteur : Thierry BONSCH

 

 

AU TRIBUNAL DES CONTES ET DES FABLES

« Tricher n’est pas jouer »

 

Beaucoup d’effervescence au tribunal des contes et des fables en cette matinée estivale.

Comme les jours précédents, la foule se presse dans la salle d’audience. La chaleur est étouffante, le temps est à l’orage.

C’est le dernier jour d’un procès hors norme qui passionne l’ensemble de l’opinion publique.

L’affaire est d’importance : on juge pour dopage dame tortue, le renard, son entraîneur, ainsi que son soigneur et son complice, un juge- commissaire.

Les plaignants sont légion.

Il s’agit du plus gros scandale de ces dernières années. Le monde du sport est en ébullition.

Au cours de la saison dernière, la tortue, contre toute attente, a remporté haut la main la course qu’elle a disputée avec le lièvre, le tout au grand dam du lièvre.

Jamais jusqu’à ce jour la stratégie du lièvre, champion toutes catégories, n’avait pu être mise en échec par un quelconque adversaire.

Sitôt la course terminée, toutes les gazettes du pays avaient largement fait écho à cet exploit. Bizarrement la tortue avait disparu, refusant toute interview. Les meilleurs paparazzis la traquaient mais sans succès. Seul le renard faisait le service après-vente, paradant sur tous les plateaux de télé.

Un fabuliste de renom s’était même emparé du sujet pour en faire une fable avec pour morale à l’usage des générations actuelles et futures : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ».

A n’en pas douter, ce fabuliste imprudent serait bientôt appelé à répondre de ses écrits infamants pour le lièvre.

Face aux photographes, dans le box des accusés : la tortue, tête rentrée dans sa carapace, son entraineur et son soigneur qui n’en mènent pas large mais aussi le. juge commissaire, le regard fuyant.

Ils n’ont vraiment pas l’air de « premiers de cordée » !

La cloche retentit, le public se tait et se lève, la Cour s’installe.

Après le classique interrogatoire d’identité, on en vient immédiatement au rappel des faits :

  • le déroulé douteux de la course, l
  • le premier test anti dopage au résultat négatif, cette première analyse ayant été faussée par la substitution d’échantillons grâce à la complicité du juge commissaire
  • le tollé général soulevé par ce résultat.
  • l’enquête approfondie qui s’en est suivie malgré les dénégations de l’athlète et de son entraîneur.
  • Le fait qu’après avoir dans un premier temps menti aux instances de la fédération de course à pied, le juge commissaire, pris de remords avait fini par avouer son crime.
  • La perquisition au cours de laquelle les enquêteurs avaient retrouvé un magot enterré au fond du jardin du juge commissaire, preuve irréfutable que ce dernier avait bien été acheté par l’entraîneur de la tortue.

Au tribunal des contes et des fables, plus le temps passe, plus les esprits s’échauffent. La tension est à son comble.

S’ensuivent des débats houleux au cours desquels les avocats de la tortue s’emploient à convaincre le tribunal qu’éblouie et amoureuse du renard, celle-ci avait été dopée « à l’insu de son plein gré ».

Ils rappellent que le renard, hâbleur et beau parleur n’avait pu s’empêcher de raconter ses prétendus exploits à la tortue, affirmant même s’être emparé d’un magnifique fromage au cours d’une rencontre avec un corbeau.

Ils se disent convaincus que subjuguée par la réussite du renard dans ses nombreuses entreprises, la tortue s’était laissée convaincre d’avaler une potion dont elle jura ne pas connaître la composition. Amour, amour quand tu nous tiens.

Vient alors le réquisitoire du procureur sans concession envers les trois autres prévenus, d’autant plus que le renard et le soigneur avaient agi en récidive.

La parole est enfin donnée aux mis en cause pour une dernière déclaration.

La tortue s’effondre en larmes. Entre deux sanglots, elle s’écrie théâtralement : «Amour, Amour, quand tu nous tiens, on peut bien dire : Adieu prudence ».

Le renard, quant à lui, vexé comme un pou, jure mais un peu tard que l’on n l’y reprendra plus

Le président du tribunal lui rétorque avec un sourire narquois : « tel est pris qui croyait prendre et la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Face au silence gêné du soigneur et du juge- commissaire, ce même Président ne peut s’empêcher d’ajouter : « qui ne dit mot consent ».

La sentence du Tribunal tombe : Le renard, le soigneur et le juge commissaire sont lourdement condamnés.

Pour la tortue, la Cour fait preuve de clémence en lui accordant les circonstances atténuantes tenant compte de l’aveuglement amoureux qui l’avait rendue imprudente.

A n’en pas douter, un nouveau fabuliste s’emparera de ce fait divers pour en faire le récit avec pour morale : «  tricher n’est pas jouer ».

Compte rendu d’audience

du tribunal des contes et fables.

Thierry BONSCH

AVRIL 2020

Sujet : « Jamais vous n’oublierez ce surprenant personnage dont vous avez un jour croisé la route. Veuillez nous le présenter »

PAGE DU MOIS D’AVRIL : « JEAN »

Auteur : Véronique BORN

JEAN

C’est un homme un peu déguenillé, les yeux ailleurs, il  est souvent assis face au marché, regarde les chalands et leurs clients, s’amuse des réactions de chacun, répond aux sourires. Tout le monde le connait. Certains jours, il semble enfermé en lui-même, morose, triste mais je ne l’ai jamais vu agressif, d’autres jours il rit en regardant les enfants, il est avenant, bavard. Il vit ici, sur celle île depuis plus de cinq ans m’on dit les voisins, il habite une vieille maison abandonnée, là-bas au bout du marais. Personne ne sait grand-chose de lui, il est quelque fois vêtu d’un costume et d’une chemise blanche, d’autres fois en jean troué et en pull rapiécé. Quand on passe près de lui, on est surpris, il sent bon le savon de Marseille parfumé à la lavande. Il est grand, deux bonnes têtes de plus que moi, les cheveux longs, blonds, souvent attachés en queue de cheval, il n’est ni jeune ni vieux, entre les deux cinquante ans peut être. Son visage est beau, lisse, bien soigné, deux grands yeux bleus et une moustache taillée comme dans les brigades du tigre. Aujourd’hui il est assis au soleil près de son vélo sur mon banc préféré. Tant pis, je m’assois près de lui, il jette discrètement un œil sur ma lecture : « Les rois maudits » de Maurice Druon,  j’attaque le deuxième  volume « la reine étranglée » c’est passionnant. J’entends sa voix douce me demander : as-tu lu le premier volume « le roi de fer ? Sais-tu qu’il y a neuf volumes ? Et me voici à lui raconter les intrigues, les amours cachés, les empoisonnements. Il est sage corrige mes erreurs, me conseille d’autres lectures.

Je prends mon courage à deux mains et je lui demande de me raconter son histoire. Il hésite, semble peser le pour et le contre.

Son regard plonge dans le bleu de la mer. Son vélo est couvert de fleurs fraiches, tous les jours différentes, il doit choisir une couleur et la décliner dans des tons différents. Sa bicyclette est souvent prise en photos et elle apparait sur de nombreuses cartes postales.

Sa voix me raconte qu’il était marié, qu’il est Papa d’un adolescent qu’il aime profondément et avec lequel il maintient un amour filial indéfectible. Ils vivaient tous les trois dans un vaste appartement qui donnait sur le parc Monceau, il gagnait bien sa vie, il était un avocat brillant, très demandé.

Et puis un jour « clac » comme on éteint une pièce éclairée, il a éteint cette vie. Il ne rendait plus sa femme heureuse, son fils en souffrait, alors il est parti sans rien, juste avec son vélo et quelques vêtements. Il a renoncé à cette vie de luxe qui ne lui convenait plus,  qui ne le rendait plus heureux. Il se cherche encore mais il sait qu’il a fait le bon choix, qu’il est sur le chemin d’une certaine forme de bonheur. IL vit au jour le jour rend service à ceux qui en ont besoin contre un repas, une piécette. Il s’occupe de l’hivernage de quelques maisons, entretient les jardins, prépare l’arrivée des estivants. Son bonheur c’est le sourire des autres, c’est les enfants qui jouent, c’est une promenade en mer que lui offre les marins, c’est le coup de téléphone hebdomadaire à son fils. Il est tombé amoureux de cette île de ses paysages si différents d’une côte à l’autre, d’une saison à l’autre. Il aime la foule des vacances et la solitude de l’hiver.

Le soir tombe, les parents doivent m’attendre. Je reviendrais c’est certain, cela m’a fait du bien de discuter avec Jean, nous avons échangé nos prénoms.

Il m’a ouvert un autre univers, il m’a offert une leçon de courage. Laissons de la place à nos rêves et faisons confiance à la vie.

Véronique BORN

 


MARS 2020 

Sujet : «Choisissez un mot que vous aimez et faites nous partager ce qu’il vous raconte »

PAGE DU MOIS DE MARS :  » LA MAISON « 

Auteur : Véronique BORN

 LA MAISON

Elle n’était ni bleue, ni accrochée à la colline, on peut y venir à pieds. A l’époque, nous devions emprunter le Gois, cette longue chaussée submersible qui coupait l’ile du continent. Il fallait alors calculer l’accès avec les horaires de marée, une heure et demie avant et après la basse mer, pas question de rester coincés au milieu, de perdre la voiture et d’attendre les secours en haut d’une balise. Ce passage obligatoire nous offrait plus de liberté, plus de tranquillité. Impossible de rentrer ou de sortir de l’ile en dehors de ces horaires précis. Aujourd’hui il y a le pont et cela lui a ôté un charme particulier.

La maison est située dans un ancien village de pêcheurs et de cultivateurs de ces si bonnes petites pommes de terre, des bonnottes cultivées dans le sable et couvertes en hiver avec le goémon. Elle est plantée sur le sable à la Guérinière. C’est une ancienne maison de pêcheurs, petite, basse, toute blanche avec de grands volets en bois. L’intérieur est tout simple, beau dans sa simplicité, une grosse cheminée, ses deux cotés sont comme les hanches d’une vendéenne, asymétriques. Deux petites banquettes en bois, un peu inconfortables, où nous dormons et une immense table, chinée chez un boulanger, avec ses deux bancs en chêne.

Le jardin sent l’iode et la marée, selon les saisons, il est parfumé de lavandes, de mimosas. Les prunus sont les premiers à montrer leurs fleurs roses devant la fenêtre de la chambre. Noirmoutier bénéficie d’un microclimat, tout semble y pousser facilement. Et la mer, elle est si belle. Que préférer l’ambiance de la marée haute avec ses belles vagues, ce bruit fort de ressac, ou la marée basse où l’eau a déserté la côte et où l’on part pêcher bigorneaux, crevettes, crabes, huitres, palourdes dont nous ferons ce soir une orgie, installés tous ensemble. Pour atteindre la pointe de la Loire ou la pointe de la coquette, où la pêche est riche, il faut traverser un bois de pins, cela sent si bon, puis les dunes de sable doré.

Une petite terrasse au soleil est réservée aux parties acharnées de bridge ou de Uno. Les grands peupliers se balancent et leur musique ressemble à la pluie qui tombe.

Tout le monde y vient, nous n’avons pas jeté la clé, la famille se la partage ou s’agrandit. Cette maison c’était les retrouvailles en famille, les discussions entre amis, les grands repas, les éclats de rire, la vaisselle en chantant. C’était aussi les parties de cache-cache, le ski sur les aiguilles de pins et bien plus encore.

C’était l’apprentissage du ménage avec de l’alcool à brûler. C’est Madame Fine, qui me l’a appris, une vraie Noirmoutrine, coiffée de crans faits d’un mélange de sucre et d’eau, elle avait perdu mari et fils en mer et c’est elle qui vous remontait le moral !

Véronique  BORN


 FEVRIER 2020

Sujet : « Il ou Elle en avait rêvé. Le hasard lui en a fait cadeau. Racontez-nous son histoire »

PAGE DU MOIS DE FEVRIER : « PLONGEURS »

Auteur : Hervé MORGANTINI

 PLONGEURS

 En ce début d’année 1988, ENZO, jeune italien, plongeur de haut niveau, a décidé de quitter l’Italie, son pays natal. Les missions proposées dans le cadre de ses activités n’étant pas à la hauteur de ses ambitions, il a décidé de tenter sa chance en France, au bord de la Méditerranée.

Fraîchement débarqué à SAINT RAPHAËL, IL présente son CV à différents centres de plongée situés à Santa Lucia et Port Fréjus.

Au bout de 3 semaines, il doit se rendre à l’évidence. Sa candidature ne semble pas intéresser grand monde. Persévérant et volontaire, il ne se décourage pas.

Un beau matin, la chance semble lui sourire. Les petites annonces de VAR MATIN attirent de suite son attention :.  » Recherche plongeur expérimenté. Se présenter au restaurant BLEU AZUR. Port Santa Lucia à SAINT RAPHAËL. »

Enfin se dit il, l’opportunité se présente, je ne vais pas la laisser passer.

Rendez vous est pris avec la Direction. Ce jour là est un grand jour pense ENZO. A la date convenue, il se rend au restaurant avec tous ses diplômes de plongée. Le directeur qui le reçoit lui administre, involontairement, une terrible gifle.   » Nous recherchons un plongeur qualifié ayant une solide expérience. Vous bénéficierez d’un CDI après une période d’essai. Votre poste de travail de situera au sous-sol avec 2 collègues… »

Le pauvre ENZO a l’impression que le ciel vient de lui tomber sur la tête. Il n’a même pas le réflexe de lui annoncer qu’il est plongeur en mer et non au fin fond d’une cuisine. Cependant et compte tenu du fait qu’il s’agit d’un poste fixe qui paraît sérieux, il finit par accepter bon gré, mal gré, la situation.

ENZO est courageux et opiniâtre. Malgré toutes les difficultés rencontrées, il finit par s’habituer à ce travail ingrat. Ses collègues de travail, mis au courant de ce quiproquo, le taquinent gentiment : « . Alors, les plongées en mer ne te manquent pas trop ?  Ici les plongées  en cuisine  sont du genre  parfumées !!  « 

Ce jour là, le restaurant affiche complet, et des personnalités sont venues déguster les spécialités. Les collègues d’ENZO ont décidé de lui faire une blague.  » Dis donc ENZO, tu n’es pas capable d’aller à la. table N* 4 pour saluer des gens connus. ?  « .

Jacques MAYOL et Luc BESSON sont effectivement là, en train de faire honneur aux fruits de mer. ENZO connait J.MAYOL de réputation, L.BESSON, jeune réalisateur à l’époque, un peu moins.

ENZO, d’habitude plutôt réservé, prend son courage à deux mains, et interpelle J.MAYOL:

 » Excusez moi d’interrompre votre repas, Monsieur MAYOL, auriez vous l’amabilité de me signer un autographe ? « . Pendant que celui-ci s’exécute, L. BESSON questionne ENZO. « .  -Que faites-vous dans ce restaurant ?

– je suis plongeur en cuisine, mais mon vrai métier, c’est la plongée en haute mer.

-. La chance vous sourit jeune homme. Je suis en train de préparer un film sur la mer qui s’intitulera  LE GRAND BLEU. Il me manque actuellement pour la réalisation, 5 plongeurs de haut niveau. Vous passerez les tests, et si ceux-ci sont positifs, vous serez embauché.

Vous avez ma parole.

ET C’EST AINSI que les plongées en eaux troubles d’ENZO évoluèrent peu à peu en plongées immaculées d’eaux pures…

Hervé MORGANTINI