La page d’écriture

LA PAGE D’ECRITURE

Cette activité s’adresse à qui aime écrire ou souhaite essayer.

Son organisation s’inspire de celle des concours de nouvelles.

Chaque mois le sujet proposé est annoncé par courriel à tous les membres du Cercle de Boulouris. Vous avez alors environ 3 semaines pour rédiger un document Word et l’envoyer à une adresse dédiée.

Tous les textes reçus sont ensuite rendus anonymes et adressés à un comité de lecteurs.

Sont membres de ce comité : les auteurs ayant envoyé au moins une fois un écrit, Anne Marie Guiraud avec une partie du groupe « Aimez -vous lire » et José Dastugue.

Chaque lecteur indique le texte qu’il a préféré. L’addition des votes permet de désigner

 » La page du mois  »

Les résultats sont annoncés le dernier vendredi de chaque mois lors d’une réunion à la Villa des Myrtes puis par courriel.

Pour toute question concernant  « La page d’écriture »  contacter directement : Françoise Pincetic
Courriel : page.ecriture@outlook.fr

Téléphone : 06 23 51 79 90

JUIN 2020

LA PAGE D’ECRITURE poursuit son activité via des échanges de courriels. La réunion de clôture prévue le dernier vendredi de chaque mois reste suspendue jusqu’à la rentrée.

Le sujet suivant a été annoncé par un message du Cercle de Boulouris en date du 02 juin 2020 :

« Certains spectacles offerts par la nature impressionnent par leur beauté ou leur étrangeté. Vous étiez présent ou vous avez admiré sur écran. Souvenez-vous … »

 Vous n’avez pas besoin d’inscription préalable.

Rédigez un document Word sans dépasser 800 mots, soit un peu plus d’une page.

Envoyez-le en pièce attachée au plus tard le mercredi 17 juin

à l’adresse dédiée «page.ecriture@outlook.fr »

Merci de ne rien envoyer à l’adresse du Cercle de Boulouris.

Si vous ne disposez pas de Word, vous pouvez écrire directement dans le texte d’un message ou envoyer un fichier Word Pad ou un fichier PDF.

Vous serez ensuite contacté pour participer au vote qui désignera « La page du mois de juin»

Les résultats seront révélés par courriel le vendredi 26 juin.

Mai 2020

 Sujet : « Si…, si l’agneau avait mangé le loup…, si Blanche Neige avait épousé Atchoum …, si… Choisissez une histoire connue de tous et modifiez son cours selon le bon plaisir de votre imagination »

PAGE DU MOIS DE MAI : « AU TRIBUNAL DES CONTES ET DES FABLES »

Auteur : Thierry BONSCH

 

 

AU TRIBUNAL DES CONTES ET DES FABLES

« Tricher n’est pas jouer »

 

Beaucoup d’effervescence au tribunal des contes et des fables en cette matinée estivale.

Comme les jours précédents, la foule se presse dans la salle d’audience. La chaleur est étouffante, le temps est à l’orage.

C’est le dernier jour d’un procès hors norme qui passionne l’ensemble de l’opinion publique.

L’affaire est d’importance : on juge pour dopage dame tortue, le renard, son entraîneur, ainsi que son soigneur et son complice, un juge- commissaire.

Les plaignants sont légion.

Il s’agit du plus gros scandale de ces dernières années. Le monde du sport est en ébullition.

Au cours de la saison dernière, la tortue, contre toute attente, a remporté haut la main la course qu’elle a disputée avec le lièvre, le tout au grand dam du lièvre.

Jamais jusqu’à ce jour la stratégie du lièvre, champion toutes catégories, n’avait pu être mise en échec par un quelconque adversaire.

Sitôt la course terminée, toutes les gazettes du pays avaient largement fait écho à cet exploit. Bizarrement la tortue avait disparu, refusant toute interview. Les meilleurs paparazzis la traquaient mais sans succès. Seul le renard faisait le service après-vente, paradant sur tous les plateaux de télé.

Un fabuliste de renom s’était même emparé du sujet pour en faire une fable avec pour morale à l’usage des générations actuelles et futures : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ».

A n’en pas douter, ce fabuliste imprudent serait bientôt appelé à répondre de ses écrits infamants pour le lièvre.

Face aux photographes, dans le box des accusés : la tortue, tête rentrée dans sa carapace, son entraineur et son soigneur qui n’en mènent pas large mais aussi le. juge commissaire, le regard fuyant.

Ils n’ont vraiment pas l’air de « premiers de cordée » !

La cloche retentit, le public se tait et se lève, la Cour s’installe.

Après le classique interrogatoire d’identité, on en vient immédiatement au rappel des faits :

  • le déroulé douteux de la course, l
  • le premier test anti dopage au résultat négatif, cette première analyse ayant été faussée par la substitution d’échantillons grâce à la complicité du juge commissaire
  • le tollé général soulevé par ce résultat.
  • l’enquête approfondie qui s’en est suivie malgré les dénégations de l’athlète et de son entraîneur.
  • Le fait qu’après avoir dans un premier temps menti aux instances de la fédération de course à pied, le juge commissaire, pris de remords avait fini par avouer son crime.
  • La perquisition au cours de laquelle les enquêteurs avaient retrouvé un magot enterré au fond du jardin du juge commissaire, preuve irréfutable que ce dernier avait bien été acheté par l’entraîneur de la tortue.

Au tribunal des contes et des fables, plus le temps passe, plus les esprits s’échauffent. La tension est à son comble.

S’ensuivent des débats houleux au cours desquels les avocats de la tortue s’emploient à convaincre le tribunal qu’éblouie et amoureuse du renard, celle-ci avait été dopée « à l’insu de son plein gré ».

Ils rappellent que le renard, hâbleur et beau parleur n’avait pu s’empêcher de raconter ses prétendus exploits à la tortue, affirmant même s’être emparé d’un magnifique fromage au cours d’une rencontre avec un corbeau.

Ils se disent convaincus que subjuguée par la réussite du renard dans ses nombreuses entreprises, la tortue s’était laissée convaincre d’avaler une potion dont elle jura ne pas connaître la composition. Amour, amour quand tu nous tiens.

Vient alors le réquisitoire du procureur sans concession envers les trois autres prévenus, d’autant plus que le renard et le soigneur avaient agi en récidive.

La parole est enfin donnée aux mis en cause pour une dernière déclaration.

La tortue s’effondre en larmes. Entre deux sanglots, elle s’écrie théâtralement : «Amour, Amour, quand tu nous tiens, on peut bien dire : Adieu prudence ».

Le renard, quant à lui, vexé comme un pou, jure mais un peu tard que l’on n l’y reprendra plus

Le président du tribunal lui rétorque avec un sourire narquois : « tel est pris qui croyait prendre et la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Face au silence gêné du soigneur et du juge- commissaire, ce même Président ne peut s’empêcher d’ajouter : « qui ne dit mot consent ».

La sentence du Tribunal tombe : Le renard, le soigneur et le juge commissaire sont lourdement condamnés.

Pour la tortue, la Cour fait preuve de clémence en lui accordant les circonstances atténuantes tenant compte de l’aveuglement amoureux qui l’avait rendue imprudente.

A n’en pas douter, un nouveau fabuliste s’emparera de ce fait divers pour en faire le récit avec pour morale : «  tricher n’est pas jouer ».

Compte rendu d’audience

du tribunal des contes et fables.

Thierry BONSCH

AVRIL 2020

Sujet : « Jamais vous n’oublierez ce surprenant personnage dont vous avez un jour croisé la route. Veuillez nous le présenter »

PAGE DU MOIS D’AVRIL : « JEAN »

Auteur : Véronique BORN

JEAN

C’est un homme un peu déguenillé, les yeux ailleurs, il  est souvent assis face au marché, regarde les chalands et leurs clients, s’amuse des réactions de chacun, répond aux sourires. Tout le monde le connait. Certains jours, il semble enfermé en lui-même, morose, triste mais je ne l’ai jamais vu agressif, d’autres jours il rit en regardant les enfants, il est avenant, bavard. Il vit ici, sur celle île depuis plus de cinq ans m’on dit les voisins, il habite une vieille maison abandonnée, là-bas au bout du marais. Personne ne sait grand-chose de lui, il est quelque fois vêtu d’un costume et d’une chemise blanche, d’autres fois en jean troué et en pull rapiécé. Quand on passe près de lui, on est surpris, il sent bon le savon de Marseille parfumé à la lavande. Il est grand, deux bonnes têtes de plus que moi, les cheveux longs, blonds, souvent attachés en queue de cheval, il n’est ni jeune ni vieux, entre les deux cinquante ans peut être. Son visage est beau, lisse, bien soigné, deux grands yeux bleus et une moustache taillée comme dans les brigades du tigre. Aujourd’hui il est assis au soleil près de son vélo sur mon banc préféré. Tant pis, je m’assois près de lui, il jette discrètement un œil sur ma lecture : « Les rois maudits » de Maurice Druon,  j’attaque le deuxième  volume « la reine étranglée » c’est passionnant. J’entends sa voix douce me demander : as-tu lu le premier volume « le roi de fer ? Sais-tu qu’il y a neuf volumes ? Et me voici à lui raconter les intrigues, les amours cachés, les empoisonnements. Il est sage corrige mes erreurs, me conseille d’autres lectures.

Je prends mon courage à deux mains et je lui demande de me raconter son histoire. Il hésite, semble peser le pour et le contre.

Son regard plonge dans le bleu de la mer. Son vélo est couvert de fleurs fraiches, tous les jours différentes, il doit choisir une couleur et la décliner dans des tons différents. Sa bicyclette est souvent prise en photos et elle apparait sur de nombreuses cartes postales.

Sa voix me raconte qu’il était marié, qu’il est Papa d’un adolescent qu’il aime profondément et avec lequel il maintient un amour filial indéfectible. Ils vivaient tous les trois dans un vaste appartement qui donnait sur le parc Monceau, il gagnait bien sa vie, il était un avocat brillant, très demandé.

Et puis un jour « clac » comme on éteint une pièce éclairée, il a éteint cette vie. Il ne rendait plus sa femme heureuse, son fils en souffrait, alors il est parti sans rien, juste avec son vélo et quelques vêtements. Il a renoncé à cette vie de luxe qui ne lui convenait plus,  qui ne le rendait plus heureux. Il se cherche encore mais il sait qu’il a fait le bon choix, qu’il est sur le chemin d’une certaine forme de bonheur. IL vit au jour le jour rend service à ceux qui en ont besoin contre un repas, une piécette. Il s’occupe de l’hivernage de quelques maisons, entretient les jardins, prépare l’arrivée des estivants. Son bonheur c’est le sourire des autres, c’est les enfants qui jouent, c’est une promenade en mer que lui offre les marins, c’est le coup de téléphone hebdomadaire à son fils. Il est tombé amoureux de cette île de ses paysages si différents d’une côte à l’autre, d’une saison à l’autre. Il aime la foule des vacances et la solitude de l’hiver.

Le soir tombe, les parents doivent m’attendre. Je reviendrais c’est certain, cela m’a fait du bien de discuter avec Jean, nous avons échangé nos prénoms.

Il m’a ouvert un autre univers, il m’a offert une leçon de courage. Laissons de la place à nos rêves et faisons confiance à la vie.

Véronique BORN

 


MARS 2020 

Sujet : «Choisissez un mot que vous aimez et faites nous partager ce qu’il vous raconte »

PAGE DU MOIS DE MARS :  » LA MAISON « 

Auteur : Véronique BORN

 LA MAISON

Elle n’était ni bleue, ni accrochée à la colline, on peut y venir à pieds. A l’époque, nous devions emprunter le Gois, cette longue chaussée submersible qui coupait l’ile du continent. Il fallait alors calculer l’accès avec les horaires de marée, une heure et demie avant et après la basse mer, pas question de rester coincés au milieu, de perdre la voiture et d’attendre les secours en haut d’une balise. Ce passage obligatoire nous offrait plus de liberté, plus de tranquillité. Impossible de rentrer ou de sortir de l’ile en dehors de ces horaires précis. Aujourd’hui il y a le pont et cela lui a ôté un charme particulier.

La maison est située dans un ancien village de pêcheurs et de cultivateurs de ces si bonnes petites pommes de terre, des bonnottes cultivées dans le sable et couvertes en hiver avec le goémon. Elle est plantée sur le sable à la Guérinière. C’est une ancienne maison de pêcheurs, petite, basse, toute blanche avec de grands volets en bois. L’intérieur est tout simple, beau dans sa simplicité, une grosse cheminée, ses deux cotés sont comme les hanches d’une vendéenne, asymétriques. Deux petites banquettes en bois, un peu inconfortables, où nous dormons et une immense table, chinée chez un boulanger, avec ses deux bancs en chêne.

Le jardin sent l’iode et la marée, selon les saisons, il est parfumé de lavandes, de mimosas. Les prunus sont les premiers à montrer leurs fleurs roses devant la fenêtre de la chambre. Noirmoutier bénéficie d’un microclimat, tout semble y pousser facilement. Et la mer, elle est si belle. Que préférer l’ambiance de la marée haute avec ses belles vagues, ce bruit fort de ressac, ou la marée basse où l’eau a déserté la côte et où l’on part pêcher bigorneaux, crevettes, crabes, huitres, palourdes dont nous ferons ce soir une orgie, installés tous ensemble. Pour atteindre la pointe de la Loire ou la pointe de la coquette, où la pêche est riche, il faut traverser un bois de pins, cela sent si bon, puis les dunes de sable doré.

Une petite terrasse au soleil est réservée aux parties acharnées de bridge ou de Uno. Les grands peupliers se balancent et leur musique ressemble à la pluie qui tombe.

Tout le monde y vient, nous n’avons pas jeté la clé, la famille se la partage ou s’agrandit. Cette maison c’était les retrouvailles en famille, les discussions entre amis, les grands repas, les éclats de rire, la vaisselle en chantant. C’était aussi les parties de cache-cache, le ski sur les aiguilles de pins et bien plus encore.

C’était l’apprentissage du ménage avec de l’alcool à brûler. C’est Madame Fine, qui me l’a appris, une vraie Noirmoutrine, coiffée de crans faits d’un mélange de sucre et d’eau, elle avait perdu mari et fils en mer et c’est elle qui vous remontait le moral !

Véronique  BORN


 FEVRIER 2020

Sujet : « Il ou Elle en avait rêvé. Le hasard lui en a fait cadeau. Racontez-nous son histoire »

PAGE DU MOIS DE FEVRIER : « PLONGEURS »

Auteur : Hervé MORGANTINI

 PLONGEURS

 En ce début d’année 1988, ENZO, jeune italien, plongeur de haut niveau, a décidé de quitter l’Italie, son pays natal. Les missions proposées dans le cadre de ses activités n’étant pas à la hauteur de ses ambitions, il a décidé de tenter sa chance en France, au bord de la Méditerranée.

Fraîchement débarqué à SAINT RAPHAËL, IL présente son CV à différents centres de plongée situés à Santa Lucia et Port Fréjus.

Au bout de 3 semaines, il doit se rendre à l’évidence. Sa candidature ne semble pas intéresser grand monde. Persévérant et volontaire, il ne se décourage pas.

Un beau matin, la chance semble lui sourire. Les petites annonces de VAR MATIN attirent de suite son attention :.  » Recherche plongeur expérimenté. Se présenter au restaurant BLEU AZUR. Port Santa Lucia à SAINT RAPHAËL. »

Enfin se dit il, l’opportunité se présente, je ne vais pas la laisser passer.

Rendez vous est pris avec la Direction. Ce jour là est un grand jour pense ENZO. A la date convenue, il se rend au restaurant avec tous ses diplômes de plongée. Le directeur qui le reçoit lui administre, involontairement, une terrible gifle.   » Nous recherchons un plongeur qualifié ayant une solide expérience. Vous bénéficierez d’un CDI après une période d’essai. Votre poste de travail de situera au sous-sol avec 2 collègues… »

Le pauvre ENZO a l’impression que le ciel vient de lui tomber sur la tête. Il n’a même pas le réflexe de lui annoncer qu’il est plongeur en mer et non au fin fond d’une cuisine. Cependant et compte tenu du fait qu’il s’agit d’un poste fixe qui paraît sérieux, il finit par accepter bon gré, mal gré, la situation.

ENZO est courageux et opiniâtre. Malgré toutes les difficultés rencontrées, il finit par s’habituer à ce travail ingrat. Ses collègues de travail, mis au courant de ce quiproquo, le taquinent gentiment : « . Alors, les plongées en mer ne te manquent pas trop ?  Ici les plongées  en cuisine  sont du genre  parfumées !!  « 

Ce jour là, le restaurant affiche complet, et des personnalités sont venues déguster les spécialités. Les collègues d’ENZO ont décidé de lui faire une blague.  » Dis donc ENZO, tu n’es pas capable d’aller à la. table N* 4 pour saluer des gens connus. ?  « .

Jacques MAYOL et Luc BESSON sont effectivement là, en train de faire honneur aux fruits de mer. ENZO connait J.MAYOL de réputation, L.BESSON, jeune réalisateur à l’époque, un peu moins.

ENZO, d’habitude plutôt réservé, prend son courage à deux mains, et interpelle J.MAYOL:

 » Excusez moi d’interrompre votre repas, Monsieur MAYOL, auriez vous l’amabilité de me signer un autographe ? « . Pendant que celui-ci s’exécute, L. BESSON questionne ENZO. « .  -Que faites-vous dans ce restaurant ?

– je suis plongeur en cuisine, mais mon vrai métier, c’est la plongée en haute mer.

-. La chance vous sourit jeune homme. Je suis en train de préparer un film sur la mer qui s’intitulera  LE GRAND BLEU. Il me manque actuellement pour la réalisation, 5 plongeurs de haut niveau. Vous passerez les tests, et si ceux-ci sont positifs, vous serez embauché.

Vous avez ma parole.

ET C’EST AINSI que les plongées en eaux troubles d’ENZO évoluèrent peu à peu en plongées immaculées d’eaux pures…

Hervé MORGANTINI