La page d’écriture

LA PAGE D’ECRITURE

Cette activité s’adresse à qui aime écrire ou souhaite essayer.

Son organisation s’inspire de celle des concours de nouvelles.

Chaque mois le sujet proposé est annoncé par courriel à tous les membres du Cercle de Boulouris. Vous avez alors environ 3 semaines pour rédiger un document Word et l’envoyer à une adresse dédiée.

Tous les textes reçus sont ensuite adressés sous forme anonyme à un comité de lecteurs.

Sont membres de ce comité : les auteurs ayant envoyé au moins une fois un écrit, Anne-Marie Guiraud et les participants au groupe « Aimez-vous lire » ainsi que José Dastugue.

Chaque lecteur indique le texte qu’il a préféré. L’addition des votes permet de désigner « La Page du mois »

Les résultats sont annoncés le dernier vendredi de chaque mois soit au cours d’une réunion soit par courriel.

Pour toute question concernant « La Page d’Ecriture », merci de contacter directement :

Françoise Pincetic
Courriel : page.ecriture@outlook.fr

FEVRIER 2021 

« La Page d’Ecriture » existe depuis un an. 

Vous pouvez retrouver les textes qui ont été créés durant cette première année d’activité en cliquant sur « UNE ANNEE DE PAGES D’ECRITURE » 

Exercice proposé : Choisissez un des textes écrits en 2020, résumez-le en quelques lignes et écrivez une suite. 

 Si vous souhaitez participer, vous n’avez pas besoin d’inscription préalable.

Rédigez un document Word sans dépasser 800 mots.

Si vous ne disposez pas de Word, vous pouvez écrire directement dans le texte d’un message ou envoyer un fichier Word Pad ou PDF

Envoyez votre document en pièce attachée au plus tard le jeudi 18 février

à l’adresse dédiée «page.ecriture@outlook.fr »

Merci de ne rien envoyer à l’adresse du Cercle de Boulouris.

JANVIER 2020 

Sujet : « A la tombola du Nouvel An vous avez gagné un voyage dans le temps. Choisissez l’époque, le lieu de votre destination et… bon séjour ! » 

PAGE DU MOIS DE JANVIER : Titre non décerné

 

DECEMBRE 2020

Sujet :  « Une belle fête, une grande surprise et voilà un souvenir inoubliable… »

 PAGE DU MOIS DE DECEMBRE : Ex aequo

 « LAISSE-MOI ENTRER » de Guillermo BELTRAN                                                                                                                              .               « UNE BELLE FETE » de Véronique BORN

 LAISSE-MOI ENTRER

C’était une veille de Noël durant les années soixante quand Londres était la capitale la plus branchée du monde grâce aux Beatles, à Twiggy, à Carnaby Street, et… à la mini–jupe de Mary Quant.

Mes trois frères et moi décorions le sapin de Noël placé dans la salle à manger en face de deux baies vitrées qui ouvraient sur le jardin.  Chargé d’animer la soirée avec de la musique, j’avais fait une sélection parmi toutes les chansons rendues célèbres par les quatre jeunes gens de Liverpool.

Ce jour-là, il neigeait abondamment.  Les arbres, les buissons et le cabanon au fond du jardin avaient revêtu leurs habits d’hiver. On apercevait à peine les traces d’un merle sur le sol couvert d’une délicate poudre blanche. L’ambiance festive prit son envol avant même l’arrivée des invités.

La fête commença avec le traditionnel repas de Noël, de la danse et beaucoup de joie ; même les illuminations du sapin semblaient scintiller avec allégresse au rythme de la musique.

Je dansais avec une amie et l’amenais doucement près des baies vitrées. Soudainement, j’aperçus dehors sur le sol une ombre ovale très étrange. Je la regardai fixement et à ma surprise la forme s’approcha lentement de la fenêtre dévoilant le visage d’un garçonnet. Je n’en crus pas mes yeux « ce n’est pas possible, me dis-je, j’ai bu un verre de trop. » Je m’arrêtai de danser et chuchotai à ma partenaire : « n’aie pas peur mais regarde dehors dans le coin de la fenêtre. »

Patricia, fit un léger mouvement de tête en signe d’acquiescement. Je pointai mon doigt en direction de la silhouette en question. Au même instant le visage du garçon bougea et vint se coller contre la vitre. Il dégagea de petits nuages de brume par les narines et par la bouche entrouverte tellement il faisait froid dehors. Patricia eut un léger sursaut et émit un cri aigu.  Le regard du garçonnet se fixa sur moi, plaintif et triste. Sans que je puisse entendre quoi que ce soit je savais qu’il me suppliait de le laisser entrer.

Je sentis un frisson me parcourir le dos. J’ouvris la porte-fenêtre et sortis dans le jardin.  Notre berger gallois me suivit de près et s’arrêta net devant le petit garçon sans même aboyer. Le chien l’accepta immédiatement et fit signe avec la queue qu’il voulait jouer. Je tendis la main à l’enfant. Il la saisit sans hésitation et entra au chaud. Il était bleu de froid et son petit corps grelottait.  Je l’entourai d’une couverture et l’amenai s’asseoir devant la cheminée dans laquelle brûlait du charbon. Il ne dit pas un mot.

Petit à petit je vis qu’il commençait à regarder autour de lui et fixait ses yeux sur les cadeaux qui entouraient le sapin. Une bicyclette pour enfant semblait l’attirer plus que tout autre chose.  Il s’approcha à petits pas de la bicyclette, l’effleura délicatement avec la main et osa même faire sonner la clochette.  Mon grand-père, qui ne manquait jamais une fête de famille, lui dit d’une voix douce « elle est à toi «. Il savait qu’un de ses petits-enfants, à qui elle était destinée, ne viendrait que le surlendemain. Il aurait donc le temps de s’en procurer une autre. Un énorme sourire illumina le visage du petit et ses yeux brillèrent de joie.

Il parla très peu mais nous apprit qu’il s’appelait Thomas. Peu à peu il entra en confiance et nous raconta, après avoir bu un grand bol de chocolat chaud et dévoré une belle portion de gâteau de Noël, qu’il habitait à deux rues de chez nous.  Voyant que ses parents se disputaient, il s’était enfui. Les lumières de notre arbre de Noël, le son de la musique ainsi que les cris festifs des convives l’avaient conduit jusqu’à nous, comme un papillon attiré par des fleurs multicolores.

Nous le gardâmes avec nous un bon moment mais je savais qu’il fallait bientôt le ramener chez ses parents. En arrivant chez lui, j’aperçus la silhouette d’un Père Noël en train d’escalader le mur extérieur de la maison et à la fenêtre un couple guettait dehors. Dès que ses parents nous virent ils sortirent en courant et prirent l’enfant dans leurs bras. Thomas sourit avec des larmes d’émotion comprenant que la dispute parentale était terminée et que d’autres surprises l’attendaient.

Soixante ans après le souvenir de cette nuit de Noël demeure.

Guillermo BELTRAN

 

UNE BELLE FETE

Six juin, il fait beau, elle sent déjà la chaleur à travers les volets, elle les ouvre en grand sur son jardin. Il est six heures, elle s’est toujours réveillée tôt, il fallait, avant de prendre le train pour aller travailler, s’occuper des lapins, du canard, des poules. Ces petites poules cayennes qui donnent abondamment de tout petits œufs dont le jaune déborde sur des tartines longues comme le bras.

Aujourd’hui, elle est plus libre de son temps, beaucoup moins de ses mouvements, elle nous répète souvent qu’elle a encore, devant elle, cent ans de travail. Tous les matins, elle lit son Parisien, déposé dans sa boite aux lettres, sans lunettes. Elle découpe pour chacun d’entre nous l’article qui nous intéressera et le pose sur son buffet en attente de notre visite. Elle prend son café noir sans sucre, deux tartines avec du beurre demi-sel. A huit heures l’aide-soignante arrive, elle l’aide à prendre sa douche, à enfiler les vêtements qu’elle a soigneusement choisis, puis c’est l’heure du facteur, il vient chaque jour partager le deuxième café et écouter ses histoires. Enfin la promenade dans le jardin, il faut descendre une dizaine de marches, le long de la balustrade fleurit un jasmin jaune. Son jardin c’est sa passion, cela l’a toujours été, petits elle nous réservait à mon frère et moi un petit bout de terrain et un budget de 10 francs pour l’aménager. Il est beau en ce printemps, les rosiers fleurissent, les agapanthes sont superbes, la pelouse juste tondue en lignes bien droites perpendiculaires à sa fenêtre. Il y a une vieille baignoire cachée au fond du jardin avec trois nénuphars et là en face un immense camélia aux fleurs simples et rouges, elle en cueille parfois, celles cachées derrière pour le plaisir de les offrir.

Ce matin, ma grand-mère a cent ans.

Elle est belle, une peau claire, des yeux pétillants, plein de bonté et toujours une mise en plis. Chaque semaine elle applique sur son visage de l’argile verte, elle sent bon l’eau de toilette à la lavande, elle se poudre les pommettes et soigne ses lèvres. Elle s’est toujours protégée du soleil et fidèle à sa crème Nivea, elle a peu de rides. Elle a profité de chacune de ces inventions faites pour soulager le quotidien.

Elle se souvient de ce six juin 1940 ou pour fêter ses trente ans, un voyage en Normandie était prévu, vélos, valises, ravitaillement, tout était prêt pour profiter des longues plages de sable fin. Il a fallu trouver un autre cadeau et se réjouir du débarquement. Mon grand père avait été fait prisonnier un an plus tard, mécanicien doué, il était devenu chauffeur d’un gradé. Ma grand-mère avait enfourché son vélo et était monté en Allemagne pour le voir, un Week end, toute seule sur les routes. Elle n’a jamais voulu me raconter sa vie cela faisait partie de son intimité, de ses secrets.

Elle sait que demain, nous irons tous au restaurant, une petite auberge nichée dans la forêt de Saint Germain en Laye, Maman a tout organisé. Seront invités ses proches, sa fille, ses petits-enfants, ses arrières petits-enfants, ses cousins, cousines, neveux, nièces. Une sacrée table. Nous serons tous autour d’elle.

Aujourd’hui, elle pense se reposer….

Nous sommes là et l’installons dans sa chambre, dans son fauteuil face à la télévision, elle y a des rendez-vous quotidiens.

Pendant ce temps, grand branle-bas, nous poussons les meubles, préparons sur la table un grand buffet, petits sandwichs, viennoiseries, gâteaux, fruits … Le champagne est au frais, les jus de fruits aussi. Nous avons invité beaucoup de monde. L’invitation débute à seize heures mais Mémé est curieuse, elle a ouvert sans bruit la porte de sa chambre et vient voir ce qui se passe.

Elle s’étonne de la quantité de nourriture, vient gouter un petit chocolat, un calisson, elle est gourmande ma grand-mère.

Elle nous questionne « qui avez-vous invité ? A quelle heure ?

Seize heures personne, seize heures trente toujours personne « Ah, je vous l’avais bien dit personne ne viendra ! Un gouter ! Qui va se déplacer ! »

Et puis, enfin, on sonne, arrive un défilé d’aides-soignantes d’infirmières, son pédicure, viennent ensuite les voisins nombreux, tous je crois, son médecin, Monsieur le Maire et son adjointe, d’autres cousins et même d’anciens voisins installés à l’ile d’Yeu, ses femmes de ménage, la maison bourdonne, Mémé assise dans son fauteuil a le sourire jusqu’aux oreilles. Elle est gâtée, elle classera demain ses chocolats et sucreries, les très bons qu’elle se réservera, les bons qu’elle partagera avec ceux qu’elle aime et ceux qu’elle apprécie moins qu’elle laissera ouvert sur le buffet. Sa maison est pleine de beaux bouquets, de plantes à mettre dans le jardin. Il est vingt heures, nous rangeons tout, elle retrouve sa maison  et va pouvoir rêver à cette inoubliable journée.

Véronique BORN

NOVEMBRE 2020

Sujet : – Racontez-nous comment un grain de sable est venu bouleverser une organisation parfaite.

PAGE DU MOIS DE NOVEMBRE : Ex aequo

« HISTOIRE DE GRAINS » de Véronique BORN

« UN GRAIN PEUT EN CACHER UN AUTRE » de THIERRY BONSCH

 HISTOIRE DE GRAINS

La table est dressée, nous avons réuni toutes celles de la maison et formé un L. De grandes nappes les recouvrent, ce sont les nappes de nos grands-mères, blanches, damassées et empesées, sans aucun faux pli. Elles ont vécu, bien sûr, quelques accrocs cachés, elles ont vu de nombreuses fêtes, partagé des moments de joie, de célébrations. Elles portent une longue histoire familiale, un mélange de plusieurs générations. Nous les installons toujours avec le plaisir du souvenir. Les chaises ont été complétées par celles de nos voisins.

De l’armoire, dont les portes grincent, nous avons sorti la vaisselle, l’arrière- grand-mère de Jean nous a laissé des services de nombreuses assiettes, elles sont belles et servent aux grandes occasions. Il faut dire que son aïeule avait sept filles, pas de garçon et qu’à cette époque, quand on en avait les moyens, l’on recevait beaucoup. Son mari partait une fois par an en croisière, seul, laissant ces huit femmes à la maison. Il était directeur d’une des dernières filatures de soie en Ardèche et avait besoin de s’éloigner de cette « ruche féminine ». Nous avons donc posé les belles assiettes de porcelaine, des verres de cristal et des couverts d’argent. La table resplendit. Dans chaque assiette, une grande serviette blanche, pliée en forme de colombe et devant celle-ci un menu que nous avons établi avec François, il a fallu qu’il y mette son grain de sel. Le choix du motif nous a donné bien du grain à moudre. Nous avons choisi un joli motif de bateau avec au loin un phare, très symbolique, n’est-ce pas. Sur le bateau beaucoup de monde, famille et amis accompagnent le capitaine de bord.

Le plan de table est fait, sur chaque menu le nom de l’invité, Virginie, une cousine au visage couvert de grains de beauté sera à coté de François puis viendront sa marraine, son parrain, ses arrière-grands-parents, ses grands-parents et le reste de la famille et amis. Nous avons établi le menu depuis longtemps déjà, (et avons veillé au grain), équilibre des dépenses et de bons plats, nous devrions nous régaler. Si le beau temps perdure, nous prendrons l’apéritif au jardin sous le parasol. Tout est fait « maison », sauf le dessert commandé au meilleur pâtissier de la ville. Nous aurons juste à sortir les plats du réfrigérateur.

Hier, je suis allée au marché, je suis revenue avec quelques fleurs et j’ai fait mes compositions tranquillement. J’ai planté dans la mousse gorgée d’eau les tiges des roses, des lys, des germinis, des hypéricums, des myrtes. Elles sont disposées sur les nappes blanches et apportent de la gaité, elles sentent si bon.

Il est onze heures, nous partons vers l’église, François a quinze ans et prépare depuis plus d’un an sa confirmation, pour nous c’est un engagement religieux fort. Marraine et parrain de baptême sont là et l’accompagnent. La confirmation est un sacrement important dans l’église catholique, c’est l’évêque de Versailles qui célèbre la messe, c’est drôle, il était le prêtre qui avait baptisé François.

Beaucoup de monde dans l’église, beaucoup de familles que nous reconnaissons. Les belles toilettes sont de sortie, François est très beau dans son pantalon bleu-marine et sa chemise blanche. Les enfants chahutent dans la cour. Voilà notre jeune confirmé, maintenant place à la fête.

Nous rentrons à la maison, nos invités se regroupent autour de la table d’apéritif, le soleil brille, les discussions vont bon train.

Bizarre, le pâtissier devait nous livrer ce matin et toujours rien. Au téléphone il indique à Jean qu’il nous a totalement oublié, que ses ouvriers sont partis, il est vraiment désolé mais….

Le voilà ce petit grain de sable.

Nous insistons, pas question qu’il nous laisse ainsi. A lui de faire preuve d’un grain de folie et de nous créer un dessert digne de notre déjeuner.

Le repas se passe bien, chacun apprécie les  mets, les verres sont pleins et on peut entendre quelques éclats de rire.

Un coup de sonnette, il est quinze heures et voici notre pâtissier, avec un grain de malice, il nous présente un gâteau au chocolat monté sur trois étages, décoré de bateaux et phares en chocolat blanc, une merveille et un régal. Bravo.

Le repas se termine, chaque invité repart avec un petit pochon de dragées et de grains de sucre.

La journée est passée bien trop vite, le calme qui tout à coup habite la maison, laisse place à la mélancolie. Il nous restera les souvenirs cette belle journée.

Le gros coup de vent prévu pour la soirée fait envoler les chaises du jardin, c’était bien le grain prévu par les météorologues, nous fermons les volets.

Quant à nous, nous n’aurons pas besoin ce soir du marchand de sable.

 

UN GRAIN (DE SABLE)….PEUT EN CACHER UN AUTRE !!

Comme chaque année, en ces premiers jours du mois d’août, Marc et sa petite famille quittent la Bretagne au temps quelquefois incertain à cette période de l’année pour les rivages ensoleillés de la côte méditerranéenne.

Ils passeront une quinzaine de jours sur les hauts de Cavalière loin des tracas de la vie quotidienne.

Farniente, piscine, rosé et les inévitables barbecues entre amis avec des soirées qui se prolongeront tard dans la douceur de la  nuit.

Régulièrement ils descendront également à la plage

Mais revenons à leur voyage.

C’est déjà presque la fin de la matinée et jusque-là tout va bien.

Après avoir somnolé un bon moment les deux enfants sont maintenant réveillés

Les kilomètres ont été facilement avalés. En avance sur le programme, ils sont déjà à hauteur de Carcassonne.

L’ambiance est plutôt détendue.

Pourquoi ne pas faire une rapide visite de la cité médiévale, y déjeuner puis reprendre  la route pour arriver tranquillement à destination en début de soirée

Impatients de retrouver leurs copains, les enfants ne sont pas vraiment enthousiastes.

On quitte tout de même l’autoroute.

Comme d’habitude, un rapide coup d’œil au tableau de bord. Pas d’alerte pour le carburant. mais tout proche clignote avec insistance un petit voyant rouge.

En voyage, c’est fréquent, les choses ne se passent pas toujours comme on l’avait imaginé.

Rien de bien extraordinaire à ce qu’’une automobile tombe en panne, mais on ne peut s’empêcher d’être contrarié.

Pas aujourd’hui, non pas aujourd’hui !!

Serait-ce donc l’occasion de découvrir le voyage sous un angle inattendu, celui du grain de sable, ce fameux grain de sable .qui nous fait dire que la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille, qu’il suffit d’un rien pour tout faire basculer, juste un petit grain de sable qui vient s’immiscer au cœur d’une journée sans nuage, celui dont, on se serait bien passé.

Qu’il est agaçant, ce grain de sable qui risque de gâcher ce premier jour de vacances.

On sort la notice d’utilisation, on cherche, on trouve, on finit par débusquer le petit grain de sable. Il se cacherait au niveau des freins.

Le message du constructeur n’a rien de rassurant : « Si le voyant d’alerte des freins s’allume, se rendre prudemment au point de service du concessionnaire le plus proche et y faire contrôler le système ».

Il est un peu plus de onze heures et la concession ferme à 12h30. L’accueil y est plutôt chaleureux, mais un vendredi en milieu de journée, ce n’est pas gagné.

Le service « réparation rapide » rendra son diagnostic en milieu d’après-midi. Pas d’intervention avant lundi matin au plus tôt et, s’il y a une pièce à changer, au mieux mardi en fin de matinée pour la reprise de la voiture.

Voilà nos voyageurs  prévenus.

Côté assistance tout se passe pour le mieux avec la mise à disposition d’un véhicule de remplacement et de deux chambres d’hôtel.

«Nos quatre naufragés de la route » s’en vont se restaurer puis déambuler dans la cité médiévale.

En milieu d’après-midi, appel rassurant de la concession. Rien de dramatique, juste un flexible fissuré La pièce a été commandée.

Finalement c’est tant mieux. Cet imprévu leur laisse trois jours pour découvrir Carcassonne et le pays Cathare.

En début de soirée, nos voyageurs prennent leurs quartiers dans un hôtel situé  aux pieds des remparts. Le petit plus c’est la piscine. Les enfants ont retrouvé le sourire.

Zut, la famille grain de sable s’invite à nouveau. Les enfants lui rappellent que c’est l’anniversaire  de leur mère. Le cadeau, on a oublié le cadeau.

On avait pourtant repéré une jolie montre. On avisera plus tard.

Le soir, dîner d’anniversaire dans un petit restaurant à l’intérieur de la cité. Au dessert, une enveloppe avec un « bon pour ». Pas vraiment de quoi être fier !!!

Mais après le repas, petit miracle. En flânant dans les échoppes qui bordent les ruelles, on déniche le fameux cadeau.

Les trois jours de cette escapade se partagent en découverte de tous les trésors de la région, de ses lacs dont le lac Cavayère, des impressionnantes grottes Cabrespine et de l’ensemble des paysages. Ils en garderont finalement  un souvenir inoubliable.

Personne n’aime les imprévus mais tout le monde sait qu’ils font partie de la vie.

C’est parfois pour le meilleur et le grain de sable devient de «  l’or ».

Le voyage, ce n’est pas d’arriver, c’est de partir…..

OCTOBRE 2020

Sujet : « Un(e) journaliste, après enquête, rédige un article sur des  phénomènes inexpliqués qui se produiraient le long de la côte raphaëloise »

PAGE DU MOIS D’OCTOBRE : Titre non décerné

SEPTEMBRE 2020

Sujet : « C’est la rentrée et l’heure de prendre cette bonne résolution toujours à renouveler car jamais tenue. Mais cette année…. »

ON FAIT LE POINT DANS UN AN ?

Dans ce qui va suivre, rien de bien original si ce n’est ce que j’ai trouvé sur le web ou au cours de mes différentes lectures mais aussi ce que j’ai pu glaner au travers de discussions en famille ou avec des amis, en bref tous ces petits riens qui ont fourni  ma réflexion concernant la bonne résolution à prendre en cette rentrée.

La  rentrée après les vacances d’été, c’est pour beaucoup une date symbolique, un cycle se termine, un autre commence et ce devrait être l’occasion de prendre un nouveau départ.

C’est la période des bonnes résolutions, ces serments qu’on se fait à soi-même pour ne pas les tenir, mais qui font du bien sur le moment, qui nous donnent bonne conscience le temps d’y penser, imaginant que peut-être cette fois-ci, allez savoir pourquoi, on s’y tiendrait.

 

Si je n’ai pas pu tenir une résolution auparavant, qu’est-ce qui peut me faire penser que les choses seront différentes en cette rentrée ? N’est-ce pas de la folie que de faire la même chose encore et encore et d’attendre des résultats différents.

Toujours la même rengaine mais cela fait partie du folklore.

Au fond de moi, je sais bien que, non  e ne vais pas devenir du jour au lendemain une nouvelle personne capable de choses extraordinaires

Alors pourquoi n’aurais-je pas le droit de faire une pause en démarrant sur une page vierge de tout objectif en prenant le contrepied de cette tradition qui daterait de l’Antiquité, il y a plus de 4000 ans à Babylone ?

L’objectif était de remettre les compteurs à zéro, en promettant aux Dieux de rembourser ses dettes et de rendre les objets qui avaient été empruntés.

Cette tradition a ensuite perduré au travers des siècles avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui : une liste d’objectifs plus ou moins réalistes et souvent difficiles à tenir.

C’est quoi l’intérêt de s’imposer quelque chose qui ne nous vient pas naturellement : une façon de chercher l’approbation, une manière d’être et de faire pour se préserver de la peur de ne pas être à la hauteur ?

Une question me vient alors à l’esprit : Existe-t-il de bonnes et de mauvaises résolutions ?

Les mauvaises résolutions ne seraient-elles donc que celles que je prends contre moi- même, qui me contraignent et que je m’oblige à suivre et les bonnes résolutions celles que je prends avec l’idée, constante, de prendre soin de moi, par choix, par désir.

Il me semble que même dans ce cas les bonnes résolutions restent binaires, soit on les tient, soit on échoue. Et vivre une situation en «échec» ou «réussite m’apparaît très réducteur.

Cette année, je pourrais donc refuser de prendre une ou plusieurs bonnes résolutions pour au moins pour 5 bonnes raisons que je ferais miennes:

– Parce que je ne tiens jamais mes bonnes résolutions,

– Parce que les bonnes résolutions restent tout de même des contraintes,

– Parce que les autres me mettent la pression,

– Parce que ce n’est donc pas une bonne motivation,

– Enfin, parce que je suis déjà « parfait ».

C’est pourquoi finalement je décide que la seule bonne résolution sera  de ne pas en prendre à l’exception cependant de cesser de m’imposer la dictature du bien faire, la dictature de la perfection et de me demander d’en faire plus que je ne peux en supporte.

Ce sera de lâcher prise, d’être bienveillant avec moi-même, de profiter de la vie au jour le jour. …et ne pas me fixer d’objectifs.

Il y a plein de possibilités pour vivre une vie heureuse : Tout simplement prendre le temps de ralentir, faire des pauses dans sa journée. Se demander «de quoi ai-je besoin, envie ? ».

Et puis en me levant le matin, je me rappellerai combien est précieux le privilège de vivre de respirer, d’être heureux.

Plusieurs fois par jour j’aurai de la gratitude pour chaque petit moment de bonheur, ce qui arrive à tous.

Et ce qui sera une excellente habitude à prendre chaque soir, je terminerai la journée en disant MERCI : merci à moi-même, merci aux autres et à l’Univers pour ce qui m’est arrivé d’agréable

Qui sait, dans le monde qui nous entoure, fait de performance et d’immédiateté de l’action, ce sera peut-être la bonne résolution la plus difficile à tenir !

Ce sera aussi une autre possibilité pour aborder cette rentrée sous un angle différent.

On fait le point dans un an ?

THIERRY BONSCH

AOUT 2020

Sujet : « Un couple prépare ses vacances mais comment concilier des aspirations très divergentes ? Ecoutons leur conversation. »
PAGE DU MOIS D’AOUT : Titre non décerné

JUILLET 2020
Sujet : « Un peintre du dimanche a décidé de copier une œuvre célèbre. Il nous explique les ” améliorations ” qu’il prévoit d’y apporter »
PAGE DU MOIS DE JUILLET : « A L’IMPOSSIBLE…NUL N’EST TENU »
Auteur : Thierry BONSCH

A L’IMPOSSIBLE…NUL N’EST TENU
On le dit peintre du dimanche sauf que pour lui tous les jours sont des dimanches puisqu’il est sans emploi.
Dès qu’il le peut, il s’arme d’un pinceau pour ajouter de la couleur à la grisaille du quotidien. Sur une toile, on peut changer le décor.
La peinture, c’est comme la vie, on apprend tous les jours, c’est un besoin, une tentative d’exister autrement.
Son geste est gratuit, désintéressé. Son bonheur est égoïste, il le sait.
Concentré sur son travail, il peint en musique la plupart du temps.
Fervent admirateur tant du figuratif que de l’abstrait, avec les beaux jaillissements de formes et de couleurs, il pense que les œuvres picturales doivent être comme la vie, singulières, uniques pour l’éternité, mais aussi aléatoires et imprévisibles
Seuls les monochromes le laissent dubitatif.
Il en a souvent vu, notamment lors de de ses visites de la collection des œuvres modernes et contemporaines du musée Georges Pompidou, tel le célèbre monochrome blanc de Kasimir Malevitch intitulé « sans titre ».
Il a tenté de leur trouver une signification.
Mais décidément, il reste hermétique à cette expression artistique.
Il veut bien convenir que le vide dans un tableau est aussi important que le plein. Ce serait comme un silence en musique, une respiration.
Toutefois il partage l’avis de ceux pour lesquels « ça ne paraît pas vraiment suffisant, qu’il faudrait au moins y ajouter une petite ligne, ou un point ou même simplement une tache d’une autre couleur, mais qu’une seule couleur unie, vraiment ce n’est pas assez ».
Difficile d’admettre qu’un tableau blanc puisse être une œuvre d’art.
Il a malgré tout un profond respect pour les maîtres qui les ont réalisés.
Jusqu’à ce jour, imaginer copier un tableau et même pire, penser pouvoir l’améliorer lui semblait un véritable sacrilège. Ce serait aussi prétentieux que vain.
Mais ce soir, c’est un peu différent.
Il a flâné une partie de l’après-midi sur les quais de Seine.
Fouinant chez les bouquinistes, il est tombé sur une pépite, la réédition de « L’Album primo-avrilesque » d’Alphonse ALLAIS, paru pour la première fois en 1897 soit plus d’un demi- siècle avant les monochromes d’Yves Klein.
Parmi les sept monochromes reproduits dans cet album figure un bristol sans tache ni trait, ayant pour titre « Première communion de jeunes filles chlorotiques* par un temps de neige » qu’Alphonse Allais avait exposé à Paris en 1883, dans la deuxième exposition des Arts incohérents,
Il sait bien qu’il s’agit là d’un canular.
Copier un bristol blanc sans tache ni trait n’aurait donc aucun sens. En revanche tenter de l’améliorer en s’inspirant de son titre, pourquoi pas ?
Défi intéressant à relever que celui de recréer un univers à cette toile en réponse à la provocation toute entière contenue dans son titre.
Partant de cette feuille blanche, tout lui sera permis, Il n’aura pas l’impression de commettre un sacrilège.
Il imagine qu’en tête de la procession des communiantes chlorotiques* viendraient l’habituel bedeau puis le curé, les enfants de cœur et enfin les parents et amis.
Il conserverait bien sûr le paysage de neige blanche avec peut-être en fond de toile un soleil voilé…
Confortablement installé dans son fauteuil, il fait face à la reproduction posée sur son chevalet.
Les yeux fermés, il se met au travail. Il se concentre sur la mise en scène de cette maudite procession.
Il va mentalement l’esquisser et la peindre.
Mais à chaque trait de crayon qu’il imagine, c’est comme le crissement d’un ongle sur le tableau noir de son enfance jusqu’à en devenir insupportable.
Chaque coup de pinceau est parfois comme retenu par une main invisible
Il entend aussi des gémissements sans pouvoir déterminer l’origine de ces plaintes C’est de plus en plus fort à mesure qu’il avance dans son projet jusqu’à en couvrir la musique qui l’accompagne.
Loin d’être son alliée, la feuille blanche semble prendre vie pour s’opposer de toutes ses forces à son projet.
A chaque fois qu’il rouvre les yeux, abandonnant sa réflexion, il lui semble entendre un énorme soupir de soulagement.
De guerre lasse, Il finit par abandonner.
Il restera donc seul face à son destin de peintre du dimanche, avec pour seule conviction que « peindre, c’est mettre ses pinceaux dans ceux qui ont peint avant soi-même »
Contempler une œuvre, l’admirer ou la détester mais la respecter en la laissant face à sa destinée pour l’éternité restera donc pour lui la seule façon de ne pas en trahir son auteur. Il en est à cet instant persuadé.
Vouloir la modifier ou l’améliorer serait commettre l’irréparable et on ne répare pas l’irréparable.
*en médecine, personne atteinte de chlorose, anémie par carence en fer.

Thierry BONSCH

JUIN 2020

Sujet : « Certains spectacles offerts par la nature impressionnent par leur beauté ou leur étrangeté. Vous étiez présent ou vous avez admiré sur écran. Souvenez-vous … »

PAGE DU MOIS DE JUIN : « PAROLES D’ABEILLES »
Auteur : Guillermo BELTRAN

PAROLES D’ABEILLES
Est-ce que les abeilles nous parlent ? Sans le moindre doute. Il suffit de les observer de près, de se mettre en symbiose avec l’énergie qu’elles dégagent et par ce biais d’entrer en communication avec elles. Voici ce qui m’est arrivé il y a quelques années.
C’était un soir d’été et la veille de mon départ. Je devais m’absenter une dizaine de jours pour des raisons de santé. J’avais le cœur gros de partir et de laisser mes abeilles (et mon épouse, évidemment !)Le soleil était déjà bas à l’horizon, les ombres des pins florentins avaient complètement disparu mais on apercevait encore la silhouette des buissons et des arbustes. Je sortis pour sentir l’odeur envoûtante du jasmin qui embaumait tout le jardin. L’herbe était encore chaude sous mes pieds nus et j’entendais les derniers cris des cigales annonçant la tombée imminente de la nuit.
Je décidai d’aller jeter un dernier coup d’œil à mes abeilles pour leur dire au revoir. Les avettes savent quand le berger des abeilles va partir et comprennent parfaitement ses motifs mais il faut leur parler, sinon elles stressent et sont bien capables de prendre leurs cliques et leurs claques et d’aller ailleurs. Jadis, quand un apiculteur mourait, c’était la coutume de fixer un bout de tissu noir sur chaque ruche, pendant six mois, en signe de deuil et pour donner aux abeilles le temps de refaire leur vie.
Mes trois ruches sont placées derrière un cabanon au fond du jardin. Elles sont entourées par des haies de chèvrefeuille, d’abélia, de cotoneaster et de mimosa : un véritable havre de paix où personne ne peut les déranger sauf le berger qui récolte le miel chaque année en juste compensation de sa bienveillance et de son dévouement.
A dix mètres du rucher j’entendis le bruit caractéristique des battements rapides des ailes des abeilles lorsqu’elles volent en escadrille. C’est un bruit très particulier qui signale si elles sont calmes, heureuses, stressées ou tout bonnement en colère. Je regardai tout de suite en l’air pour voir si elles avaient opté d’essaimer, ce qui me parut peu probable étant donné la proximité de la nuit tombante et le mois de l’année. En arrivant auprès des ruches j’eus la grande et étonnante surprise de voir que les trois colonies étaient en train de faire ce que l’on appelle un « soleil d’artifice» : des centaines de jeunes butineuses, lors de leur première sortie, se regroupent en vol quasiment stationnaire devant chaque ruche. Ce faisant elles prennent des repères par rapport à l’angle du soleil pour retrouver le chemin de retour à leurs demeures. C’est un spectacle qui ne cesse de m’émerveiller chaque fois que j’ai la chance d’en être témoin. Essayez de visualiser des centaines et des centaines d’abeilles, en forme de nuage, en train de tourbillonner avec frénésie devant l’entrée de chaque ruche, dans un bruit presque assourdissant. C’est tout simplement magique.
Ce fut une expérience inédite car le soleil d’artifice a normalement lieu entre midi et 17 heures, jamais au crépuscule encore moins à l’aube. Evidemment je fus envahi par un sentiment de bonheur d’avoir pu contempler mes avettes une dernière fois.
Douze jours plus tard, de retour de l’hôpital, la première chose que je fis, après avoir salué ma femme (!) fut d’aller voir mes abeilles. Il était déjà tard, pas une seule abeille en vue. Je patientai quelques instants pour voir si une butineuse allait rentrer tard après une longue journée de travail. Que nenni, personne. Je frappai chaque ruche avec le poing serré pour essayer d’entendre en retour un bruissement, comme un ronronnement profond, signe indéfectible que la colonie est vivante et bien portante. C’était le silence total. Inquiet de n’avoir capté aucun bruit, je racontai mon expérience à mon épouse qui déclara tout simplement : «c’est normal elles te font la tête car tu leur as dit que tu t’absenterais dix jours et, en fait, tu as passé douze jours loin d’elles». Le lendemain, après une nuit très perturbée, je me levai à l’aube et, avec une grande appréhension, je sortis voir mes ruches. Le soleil était à peine visible à l’est, les premiers rayons commençaient à traverser la haie de chèvrefeuille.
Quelle fut ma surprise, quand soudain je vis, comblé de bonheur, une multitude d’abeilles, comme je n’en avais jamais vu au par avant, devant chaque ruche. De nouveau trois énormes soleils d’artifice, quelle chance, et à une heure de la journée totalement inespérée. Ce fut un moment inoubliable où Mère Nature m’a permis d’approcher les secrets du langage des abeilles et d’en apprécier la beauté.
Guillermo BELTRAN

Mai 2020

 Sujet : « Si…, si l’agneau avait mangé le loup…, si Blanche Neige avait épousé Atchoum …, si… Choisissez une histoire connue de tous et modifiez son cours selon le bon plaisir de votre imagination »

PAGE DU MOIS DE MAI : « AU TRIBUNAL DES CONTES ET DES FABLES »

Auteur : Thierry BONSCH

 AU TRIBUNAL DES CONTES ET DES FABLES

« Tricher n’est pas jouer »

 Beaucoup d’effervescence au tribunal des contes et des fables en cette matinée estivale.

Comme les jours précédents, la foule se presse dans la salle d’audience. La chaleur est étouffante, le temps est à l’orage.

C’est le dernier jour d’un procès hors norme qui passionne l’ensemble de l’opinion publique.

L’affaire est d’importance : on juge pour dopage dame tortue, le renard, son entraîneur, ainsi que son soigneur et son complice, un juge- commissaire.

Les plaignants sont légion.

Il s’agit du plus gros scandale de ces dernières années. Le monde du sport est en ébullition.

Au cours de la saison dernière, la tortue, contre toute attente, a remporté haut la main la course qu’elle a disputée avec le lièvre, le tout au grand dam du lièvre.

Jamais jusqu’à ce jour la stratégie du lièvre, champion toutes catégories, n’avait pu être mise en échec par un quelconque adversaire.

Sitôt la course terminée, toutes les gazettes du pays avaient largement fait écho à cet exploit. Bizarrement la tortue avait disparu, refusant toute interview. Les meilleurs paparazzis la traquaient mais sans succès. Seul le renard faisait le service après-vente, paradant sur tous les plateaux de télé.

Un fabuliste de renom s’était même emparé du sujet pour en faire une fable avec pour morale à l’usage des générations actuelles et futures : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ».

A n’en pas douter, ce fabuliste imprudent serait bientôt appelé à répondre de ses écrits infamants pour le lièvre.

Face aux photographes, dans le box des accusés : la tortue, tête rentrée dans sa carapace, son entraineur et son soigneur qui n’en mènent pas large mais aussi le. juge commissaire, le regard fuyant.

Ils n’ont vraiment pas l’air de « premiers de cordée » !

La cloche retentit, le public se tait et se lève, la Cour s’installe.

Après le classique interrogatoire d’identité, on en vient immédiatement au rappel des faits :

  • le déroulé douteux de la course, l
  • le premier test anti dopage au résultat négatif, cette première analyse ayant été faussée par la substitution d’échantillons grâce à la complicité du juge commissaire
  • le tollé général soulevé par ce résultat.
  • l’enquête approfondie qui s’en est suivie malgré les dénégations de l’athlète et de son entraîneur.
  • Le fait qu’après avoir dans un premier temps menti aux instances de la fédération de course à pied, le juge commissaire, pris de remords avait fini par avouer son crime.
  • La perquisition au cours de laquelle les enquêteurs avaient retrouvé un magot enterré au fond du jardin du juge commissaire, preuve irréfutable que ce dernier avait bien été acheté par l’entraîneur de la tortue.

Au tribunal des contes et des fables, plus le temps passe, plus les esprits s’échauffent. La tension est à son comble.

S’ensuivent des débats houleux au cours desquels les avocats de la tortue s’emploient à convaincre le tribunal qu’éblouie et amoureuse du renard, celle-ci avait été dopée « à l’insu de son plein gré ».

Ils rappellent que le renard, hâbleur et beau parleur n’avait pu s’empêcher de raconter ses prétendus exploits à la tortue, affirmant même s’être emparé d’un magnifique fromage au cours d’une rencontre avec un corbeau.

Ils se disent convaincus que subjuguée par la réussite du renard dans ses nombreuses entreprises, la tortue s’était laissée convaincre d’avaler une potion dont elle jura ne pas connaître la composition. Amour, amour quand tu nous tiens.

Vient alors le réquisitoire du procureur sans concession envers les trois autres prévenus, d’autant plus que le renard et le soigneur avaient agi en récidive.

La parole est enfin donnée aux mis en cause pour une dernière déclaration.

La tortue s’effondre en larmes. Entre deux sanglots, elle s’écrie théâtralement : «Amour, Amour, quand tu nous tiens, on peut bien dire : Adieu prudence ».

Le renard, quant à lui, vexé comme un pou, jure mais un peu tard que l’on n l’y reprendra plus

Le président du tribunal lui rétorque avec un sourire narquois : « tel est pris qui croyait prendre et la raison du plus fort est toujours la meilleure ».

Face au silence gêné du soigneur et du juge- commissaire, ce même Président ne peut s’empêcher d’ajouter : « qui ne dit mot consent ».

La sentence du Tribunal tombe : Le renard, le soigneur et le juge commissaire sont lourdement condamnés.

Pour la tortue, la Cour fait preuve de clémence en lui accordant les circonstances atténuantes tenant compte de l’aveuglement amoureux qui l’avait rendue imprudente.

A n’en pas douter, un nouveau fabuliste s’emparera de ce fait divers pour en faire le récit avec pour morale : «  tricher n’est pas jouer ».

Compte rendu d’audience

du tribunal des contes et fables.

Thierry BONSCH

AVRIL 2020

Sujet : « Jamais vous n’oublierez ce surprenant personnage dont vous avez un jour croisé la route. Veuillez nous le présenter »

PAGE DU MOIS D’AVRIL : « JEAN »

Auteur : Véronique BORN

JEAN

C’est un homme un peu déguenillé, les yeux ailleurs, il  est souvent assis face au marché, regarde les chalands et leurs clients, s’amuse des réactions de chacun, répond aux sourires. Tout le monde le connait. Certains jours, il semble enfermé en lui-même, morose, triste mais je ne l’ai jamais vu agressif, d’autres jours il rit en regardant les enfants, il est avenant, bavard. Il vit ici, sur celle île depuis plus de cinq ans m’on dit les voisins, il habite une vieille maison abandonnée, là-bas au bout du marais. Personne ne sait grand-chose de lui, il est quelque fois vêtu d’un costume et d’une chemise blanche, d’autres fois en jean troué et en pull rapiécé. Quand on passe près de lui, on est surpris, il sent bon le savon de Marseille parfumé à la lavande. Il est grand, deux bonnes têtes de plus que moi, les cheveux longs, blonds, souvent attachés en queue de cheval, il n’est ni jeune ni vieux, entre les deux cinquante ans peut être. Son visage est beau, lisse, bien soigné, deux grands yeux bleus et une moustache taillée comme dans les brigades du tigre. Aujourd’hui il est assis au soleil près de son vélo sur mon banc préféré. Tant pis, je m’assois près de lui, il jette discrètement un œil sur ma lecture : « Les rois maudits » de Maurice Druon,  j’attaque le deuxième  volume « la reine étranglée » c’est passionnant. J’entends sa voix douce me demander : as-tu lu le premier volume « le roi de fer ? Sais-tu qu’il y a neuf volumes ? Et me voici à lui raconter les intrigues, les amours cachés, les empoisonnements. Il est sage corrige mes erreurs, me conseille d’autres lectures.

Je prends mon courage à deux mains et je lui demande de me raconter son histoire. Il hésite, semble peser le pour et le contre.

Son regard plonge dans le bleu de la mer. Son vélo est couvert de fleurs fraiches, tous les jours différentes, il doit choisir une couleur et la décliner dans des tons différents. Sa bicyclette est souvent prise en photos et elle apparait sur de nombreuses cartes postales.

Sa voix me raconte qu’il était marié, qu’il est Papa d’un adolescent qu’il aime profondément et avec lequel il maintient un amour filial indéfectible. Ils vivaient tous les trois dans un vaste appartement qui donnait sur le parc Monceau, il gagnait bien sa vie, il était un avocat brillant, très demandé.

Et puis un jour « clac » comme on éteint une pièce éclairée, il a éteint cette vie. Il ne rendait plus sa femme heureuse, son fils en souffrait, alors il est parti sans rien, juste avec son vélo et quelques vêtements. Il a renoncé à cette vie de luxe qui ne lui convenait plus,  qui ne le rendait plus heureux. Il se cherche encore mais il sait qu’il a fait le bon choix, qu’il est sur le chemin d’une certaine forme de bonheur. IL vit au jour le jour rend service à ceux qui en ont besoin contre un repas, une piécette. Il s’occupe de l’hivernage de quelques maisons, entretient les jardins, prépare l’arrivée des estivants. Son bonheur c’est le sourire des autres, c’est les enfants qui jouent, c’est une promenade en mer que lui offre les marins, c’est le coup de téléphone hebdomadaire à son fils. Il est tombé amoureux de cette île de ses paysages si différents d’une côte à l’autre, d’une saison à l’autre. Il aime la foule des vacances et la solitude de l’hiver.

Le soir tombe, les parents doivent m’attendre. Je reviendrais c’est certain, cela m’a fait du bien de discuter avec Jean, nous avons échangé nos prénoms.

Il m’a ouvert un autre univers, il m’a offert une leçon de courage. Laissons de la place à nos rêves et faisons confiance à la vie.

Véronique BORN

 


MARS 2020 

Sujet : «Choisissez un mot que vous aimez et faites nous partager ce qu’il vous raconte »

PAGE DU MOIS DE MARS : ” LA MAISON “

Auteur : Véronique BORN

 LA MAISON

Elle n’était ni bleue, ni accrochée à la colline, on peut y venir à pieds. A l’époque, nous devions emprunter le Gois, cette longue chaussée submersible qui coupait l’ile du continent. Il fallait alors calculer l’accès avec les horaires de marée, une heure et demie avant et après la basse mer, pas question de rester coincés au milieu, de perdre la voiture et d’attendre les secours en haut d’une balise. Ce passage obligatoire nous offrait plus de liberté, plus de tranquillité. Impossible de rentrer ou de sortir de l’ile en dehors de ces horaires précis. Aujourd’hui il y a le pont et cela lui a ôté un charme particulier.

La maison est située dans un ancien village de pêcheurs et de cultivateurs de ces si bonnes petites pommes de terre, des bonnottes cultivées dans le sable et couvertes en hiver avec le goémon. Elle est plantée sur le sable à la Guérinière. C’est une ancienne maison de pêcheurs, petite, basse, toute blanche avec de grands volets en bois. L’intérieur est tout simple, beau dans sa simplicité, une grosse cheminée, ses deux cotés sont comme les hanches d’une vendéenne, asymétriques. Deux petites banquettes en bois, un peu inconfortables, où nous dormons et une immense table, chinée chez un boulanger, avec ses deux bancs en chêne.

Le jardin sent l’iode et la marée, selon les saisons, il est parfumé de lavandes, de mimosas. Les prunus sont les premiers à montrer leurs fleurs roses devant la fenêtre de la chambre. Noirmoutier bénéficie d’un microclimat, tout semble y pousser facilement. Et la mer, elle est si belle. Que préférer l’ambiance de la marée haute avec ses belles vagues, ce bruit fort de ressac, ou la marée basse où l’eau a déserté la côte et où l’on part pêcher bigorneaux, crevettes, crabes, huitres, palourdes dont nous ferons ce soir une orgie, installés tous ensemble. Pour atteindre la pointe de la Loire ou la pointe de la coquette, où la pêche est riche, il faut traverser un bois de pins, cela sent si bon, puis les dunes de sable doré.

Une petite terrasse au soleil est réservée aux parties acharnées de bridge ou de Uno. Les grands peupliers se balancent et leur musique ressemble à la pluie qui tombe.

Tout le monde y vient, nous n’avons pas jeté la clé, la famille se la partage ou s’agrandit. Cette maison c’était les retrouvailles en famille, les discussions entre amis, les grands repas, les éclats de rire, la vaisselle en chantant. C’était aussi les parties de cache-cache, le ski sur les aiguilles de pins et bien plus encore.

C’était l’apprentissage du ménage avec de l’alcool à brûler. C’est Madame Fine, qui me l’a appris, une vraie Noirmoutrine, coiffée de crans faits d’un mélange de sucre et d’eau, elle avait perdu mari et fils en mer et c’est elle qui vous remontait le moral !

Véronique  BORN


 FEVRIER 2020

Sujet : « Il ou Elle en avait rêvé. Le hasard lui en a fait cadeau. Racontez-nous son histoire »

PAGE DU MOIS DE FEVRIER : “PLONGEURS”

Auteur : Hervé MORGANTINI

 PLONGEURS

 En ce début d’année 1988, ENZO, jeune italien, plongeur de haut niveau, a décidé de quitter l’Italie, son pays natal. Les missions proposées dans le cadre de ses activités n’étant pas à la hauteur de ses ambitions, il a décidé de tenter sa chance en France, au bord de la Méditerranée.

Fraîchement débarqué à SAINT RAPHAËL, IL présente son CV à différents centres de plongée situés à Santa Lucia et Port Fréjus.

Au bout de 3 semaines, il doit se rendre à l’évidence. Sa candidature ne semble pas intéresser grand monde. Persévérant et volontaire, il ne se décourage pas.

Un beau matin, la chance semble lui sourire. Les petites annonces de VAR MATIN attirent de suite son attention :. ” Recherche plongeur expérimenté. Se présenter au restaurant BLEU AZUR. Port Santa Lucia à SAINT RAPHAËL.”

Enfin se dit il, l’opportunité se présente, je ne vais pas la laisser passer.

Rendez vous est pris avec la Direction. Ce jour là est un grand jour pense ENZO. A la date convenue, il se rend au restaurant avec tous ses diplômes de plongée. Le directeur qui le reçoit lui administre, involontairement, une terrible gifle.  ” Nous recherchons un plongeur qualifié ayant une solide expérience. Vous bénéficierez d’un CDI après une période d’essai. Votre poste de travail de situera au sous-sol avec 2 collègues…”

Le pauvre ENZO a l’impression que le ciel vient de lui tomber sur la tête. Il n’a même pas le réflexe de lui annoncer qu’il est plongeur en mer et non au fin fond d’une cuisine. Cependant et compte tenu du fait qu’il s’agit d’un poste fixe qui paraît sérieux, il finit par accepter bon gré, mal gré, la situation.

ENZO est courageux et opiniâtre. Malgré toutes les difficultés rencontrées, il finit par s’habituer à ce travail ingrat. Ses collègues de travail, mis au courant de ce quiproquo, le taquinent gentiment : “. Alors, les plongées en mer ne te manquent pas trop ?  Ici les plongées  en cuisine  sont du genre  parfumées !!  “

Ce jour là, le restaurant affiche complet, et des personnalités sont venues déguster les spécialités. Les collègues d’ENZO ont décidé de lui faire une blague. ” Dis donc ENZO, tu n’es pas capable d’aller à la. table N* 4 pour saluer des gens connus. ?  “.

Jacques MAYOL et Luc BESSON sont effectivement là, en train de faire honneur aux fruits de mer. ENZO connait J.MAYOL de réputation, L.BESSON, jeune réalisateur à l’époque, un peu moins.

ENZO, d’habitude plutôt réservé, prend son courage à deux mains, et interpelle J.MAYOL:

” Excusez moi d’interrompre votre repas, Monsieur MAYOL, auriez vous l’amabilité de me signer un autographe ? “. Pendant que celui-ci s’exécute, L. BESSON questionne ENZO. “.  -Que faites-vous dans ce restaurant ?

– je suis plongeur en cuisine, mais mon vrai métier, c’est la plongée en haute mer.

-. La chance vous sourit jeune homme. Je suis en train de préparer un film sur la mer qui s’intitulera  LE GRAND BLEU. Il me manque actuellement pour la réalisation, 5 plongeurs de haut niveau. Vous passerez les tests, et si ceux-ci sont positifs, vous serez embauché.

Vous avez ma parole.

ET C’EST AINSI que les plongées en eaux troubles d’ENZO évoluèrent peu à peu en plongées immaculées d’eaux pures…

Hervé MORGANTINI